 | Forum du groupe StormChaserAdventure Nous vous souhaitons la bienvenue sur notre nouveau forum. Vous pourrez consulter ici les différents projets du groupe, les comptes-rendus de chasses à l'orage, l'avancée du groupe, sa gestion. Nous vous souhaitons une très bonne visite sur nos forums. |
| | Aller à la page : 1, 2  | | Auteur | Message |
|---|
Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Tornades en France Sam 14 Oct 2006, 11:55 | |
| LES TORNADES EN FRANCE
Résultats et interrogations issus de ma collecte (arrêté au 31 déc 2007)
Orage et trombe - paru dans "Le temps qu'il fait en Poitou-Charentes-Vendée" (gravure provenant d'une collection privée locale) Figure également dans le livre "L'Atmosphère" de Camille Flammarion, 1911
INTRODUCTION
Bonjour à tous,
Je me suis décidé à exposer ici-même une synthèse de mes travaux sur les tornades en France, chose que je n'avais encore jamais faite. Elle se présentera comme suit (plan susceptible de modifications ultérieures) :
A) Plan de mon exposé et terminologie
- Introduction (but et nature de mes recherches, les obstacles rencontrés)
- I Petite synthèse des travaux de Jean Dessens et François Paul (les travaux de référence sur lesquels je me suis appuyé)
- II Méthodologie, généralités et cartes pictos
- III Répartition géographique : généralités
- IV Répartition géographique : zoom sur quelques zones (partie I)
- IV Répartition géographique : zoom sur quelques zones (partie II et conclusion)
- V Fréquence et autres données annuelles
- VI Caractéristiques des tornades en France : types d'évènements, intensités, dimensions...
- VII Caractéristiques des tornades en France : répartition annuelle et situations météo-types, répartition journalière, tornades en série
- VIII Sélection de cas parmi les plus représentatifs
- IX Photos et vidéos de tornades, tubas et trombes marines en France
- X La France à l'échelle européenne (quelques interrogations et réflexions)
- XI La France et l'Europe par rapport aux USA
- XII La connaissance des tornades en France : une particularité française ?
- XIII La connaissance des tornades en France : tornades et chasseurs en France (la chasse/observation des orages en France et son implication dans le recensement des tornades)
- XIV Conclusion générale (conclusion, tornades et réchauffement climatique)
- Annexes (nouvelles cartes, projets, informations-rectifications importantes...)
Terminologie
- Trombes et tornades : au XIXème siècle, le seul mot en usage était le mot "trombe", que cette dernière soit terrestre ou marine. C'est ce terme que Jean Dessens emploie systématiquement, en tant que synonyme du mot "tornade", et c'est également dans ce sens-là que je l'emploie moi-même dans le présent dossier. Le mot "tornade", d'origine espagnole puis américaine, est apparu plus tardivement. Or, beaucoup de passionnés de météo emploient le mot "tornade" comme synonyme exclusif de "trombe terrestre", réservant l'appellation "trombe" aux seuls trombes marines. C'est pourquoi j'ai voulu m'expliquer à ce sujet.
- les cas dits "significatifs" : le terme a été choisi au départ par Jean Dessens pour désigner les cas de tornades classés F2 et +, considérées comme étant suffisamment significatives question dégâts. Pour ma part, j'ai choisi d'étendre la définition à toutes les trombes ayant causé des dégâts nécessitant réparations, cad en gros à partir de la forte F0 (T1 sur l'échelle de Torro). C'est cette définition-là, résultant d'un choix personnel, qu'on va retrouver tout au long de ce dossier.
- Mon échelle de fiabilité (extrait de mon étude charentaise) :
Tornade recensée : événement figurant déjà dans la liste officielle établie par J. Dessens et F. Paul avec classement déjà effectué sur l’échelle de Fujita.
Tornade avérée ou validée : tornade dont mes recherches ont permis d’établir sans aucun doute la spécificité en fonction de plusieurs critères, mais qui n’est pas encore recensée.
Tornade probable : événement pour lequel de nombreux critères font sérieusement pencher pour l’hypothèse « tornade » mais pour laquelle il m’a été impossible d’obtenir un document écrit probant ou un témoignage direct (trombes nocturnes…), ou pour laquelle un détail doit être vérifié…
Tornade possible : cas déjà plus incertain, mais qui par certains détails reste prioritaire pour une enquête (« cas incertain cat B » dans la bdd Excel).
Cas incertain voire très incertain : événement dont la spécificité doit être vérifiée avant de parler de tornade : rareté et caractère trop imprécis des renseignements, qualification de « mini-tornade » par la presse sans qu’aucun détail intéressant ne soit mentionné… Dans ce type d’évènement, on peut aussi trouver des cas très renseignés de microrafales ou fronts de rafales probables.
B) Introduction
Ces recherches ont donc été menées dans le but d'approcher au mieux la réalité de ces phénomènes actuellement dans notre pays. Mais avant toute chose, je tiens à préciser ceci pour ceux qui ne me connaissent pas, et particulièrement pour les professionnels de la météo ou spécialistes de la question qui seraient amenés à découvrir ces pages : mon travail n'est pas un travail de climatologue ni même celui d'un amateur érudit. Avec un profil plutôt littéraire et musicien, c'est par simple passion et suite à une expérience personnelle que je me suis lancé dans ces recherches, ayant acquis avec ces dernières une (toute) petite base de connaissances météorologiques et climatologiques indispensables. Ces recherches consistent donc en un collectage des cas récents ou plus anciens en France, dont je m'étais aperçu qu'un très grand nombre n'étaient pas connus au niveau national, et qui m'ont fait peut-être toucher du doigt certaines réalités encore mal connues, et poser bien des questions. En outre, le grand intérêt de ce dossier est qu'il se base sur les données les plus complètes qui existent à ma connaissance à l'échelon national, d'où une information souvent exclusive. Pour la méthodologie détaillée, voir le début du chapitre II. Ayant réalisé une bonne partie de ce travail seul, je n'ai pas exploré systématiquement toutes les sources possibles, et bien évidemment je n'ai pas pu me déplacer partout ni me rendre notamment aux archives départementales des différents régions concernées. Je me suis rendu compte à quel point la tâche est extrêmement difficile, difficultés renforcées notamment par le comportement très particulier des acteurs de l'information concernant le phénomène en France (voir le chapitre XII Connaissances des tornades en France). Pour contrer les inévitables lacunes ou imprécisions, j'ai alors été contraint de mettre au point une méthodologie et notamment une échelle de fiabilité-outil de travail à usage codifié qui m'a permis de garantir un minimum de fiabilité dans les informations transmises (voir cartes). Mes résultats ont donc pour simple ambition de donner une "photographie" approximative de la situation des tornades en France, avec une marge d'erreur possible. En clair, une base de collectage destinée à être reprise et complétée, voire rectifiée par une véritable étude climatologique à venir (laquelle représenterait alors la suite réelle de celles menées par Jean Dessens et François Paul, pionniers en la matière).
Je terminerai enfin en précisant que depuis quelques mois, un deuxième essor semble avoir été pris : en effet, depuis la fin 2006 une grande synergie d’initiatives s’est faite jour, aboutissant à la création en 2007 de l’Observatoire des Tornades et des Orages en France, avec le site Kéraunos intégrant ma base de données ( http://www.keraunos.org/ ). Une première en France, qui aligne ainsi notre pays sur ce qui se fait déjà en Allemagne, Espagne et Italie. Plusieurs passionnés et professionnels commencent à se pencher sur la question et un réseau d’observateurs est en train de se mettre en place sur la France entière pour s’occuper de la veille sur les journaux ainsi que des enquêtes de terrain. Le forum de Kéraunos est à votre disposition si vous voulez rapporter un cas, un témoignage ou une information, ou simplement parce que le sujet vous intéresse : http://keraunos.forumpro.fr/ . Obéron (qui s'implique lui aussi activement) met également à la disposition des témoins ou rapporteurs de cas de tornades son forum spécialement aménagé dans ce but : http://www.chasefever.com/forum.html , forum qui peut également recueillir articles de journaux, témoignages.. propres à chaque cas. Une base de données est également prévue sur Chasefever. Parmi les passionnés, plusieurs ont déja entamé des recherches personnelles et constitué des bases de données. Certains se sont joints à moi dont Chris68 dont l'aide m'est devenue précieuse notamment par ses travaux de traitement de l'information, et ici-même les membres de SCA, dont Remy, Alain et Enzo à l'origine de recherches locales sur les cas de Haute Garonne et autres dossiers, avec l'aide inestimable de... Jean Dessens. Remy qui est d'ailleurs aussi à l'origine de passionnantes recherches à l'échelle européenne et de découvertes parfois stupéfiantes. A noter également que nos cartes doivent figurer dans le prochain ouvrage de Guillaume Séchet sur le risque météo en France (je reparlerai très certainement de cette dernière participation quand l'ouvrage sera sorti).
Et bien sûr le collectage continue désormais en temps réel au fur et à mesure des nouveaux cas. A plusieurs, bien des choses deviennent possibles désormais et nous ne sommes certainement qu'au tout début de l'aventure... Considérons donc le contenu qui va suivre comme une simple étape perfectible. 
Ce dossier est actualisé au 31 décembre 2007. Pour des données, cartes ou statistiques à jour, vous reporter sur http://www.keraunos.org/ dont le contenu est régulièrement actualisé. _________________ Nico 17/69
Dernière édition par Nico 17/69 le Mer 05 Mar 2008, 10:35, édité 80 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mar 17 Oct 2006, 18:28 | |
| I PETITE SYNTHESE DES TRAVAUX DE JEAN DESSENS ET FRANCOIS PAUL
Je ne peux démarrer le compte-rendu de mes recherches sur les tornades en France sans d'abord évoquer le travail de pionnier effectué en la matière par Jean Dessens, poursuivi ensuite par François Paul. Une première base de données des tornades en France a été réalisée en 1984 par Jean Dessens pour le Commissariat à l’Etude et à la Prévention des Risques Naturels Majeurs. Elle remonte jusqu'à 1680. François Paul a ensuite pris le relais en 1993 pour compléter cet inventaire, qui en 2001 comprenait déjà 350 évènements. Il faut savoir que l'énorme majorité des écrits ou pages Web concernant les tornades en France sont basés sur ces sources, première référence connue en la matière. Bien qu'à présent cette source soit dépassée au seul point de vue du collectage (les cas s'étant accumulés depuis), en revanche elle demeure toujours LA référence majeure en matière de climatologie. Dans ce domaine précis, le collectage de données s'est accompagné d'une étude approfondie du phénomène : leur localisation dans l'hexagone en fonction des cas récoltés (le seul domaine où mon collectage a révélé quelques nouveautés, et encore...), leur intensité, leurs différents paramètres physiques (largeur, longueur, durée, caractéristiques particulières des dégâts...), leur répartition mensuelle et diurne... et bien sûr l'étude des situations météo synoptiques-types qu'on a pu relier à leur apparition, en été comme en hiver. En outre, des cas significatifs et des épisodes tornadiques historiques ont été étudiés, incluant là encore l'analyse des situations météo qui leur ont donné naissance.
Plutôt que de vous livrer une redite de son contenu je préfère vous renvoyer directement au site de François Paul. : http://perso.orange.fr/climat-energie-environnement/Climat/TROMBES.HTM (à noter que le site contient également un appel à témoignage). Jean Dessens et John T Snow ont synthétisé leurs travaux sur cette page qui est devenue une référence en la matière : http://metamiga.free.fr/tornade_france/page1.htm
La carte de Jean Dessens en 1990 (107 tornades F2 et +) et celle de François Paul en 99 rendent compte des grandes régions les plus touchées en France (couloir du Nord Ouest, NPDC, littoral languedocien).
Carte 1 : carte de Jean Dessens (1990) concernant les tornades significatives F2 et +

Carte 2 : carte de François Paul en 1999 (toutes intensités) :

Je m'en tiendrai là concernant ce remarquable travail, en espérant l'avoir résumé au mieux.
******************* _________________ Nico 17/69
Dernière édition par le Lun 18 Fév 2008, 13:42, édité 29 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 18 Oct 2006, 19:03 | |
| II METHODOLOGIE, GENERALITES ET CARTE PICTOS
Je vous présente donc maintenant les résultats de ma collecte menée depuis le 23 novembre 2005.
A) méthodologie
1) reprise de tous les évènements recensés listés sur les sites de François Paul et de Jean Dessens. A noter que tous ne sont pas listés ainsi. La liste de Jean Dessens s'arrête à 1987 et ne recense qu'à partir de l'intensité F2, celle de François Paul sur son site commence à 99. Entre les deux, sauf information que je ne possèderais pas, de nombreux cas ne figurent que par des pictos sur la carte n° 2 (v. chapitre précédent). Mes propres investigations ainsi que celles de Kéraunos nous ont régulièrement donné l'occasion de mettre un nom sur l'un de ces "cas fantômes".
2 ) Collecte de tous les témoignages possibles sur les forums et les sites météo avec contact éventuel des posteurs. Scan systématique de tous les témoignages et rapports jusqu'à la plus petite allusion sur de nombreux forums (Lamétéo.org, Infoclimat, le Fryzeur, etc.). + examen des dossiers et anecdotes figurant sur les sites.
3) Epluchage sur 6 ans des archives de journaux en ligne afin de compléter la collecte tout en asssurant une meilleure égalisation possible du niveau d'étude de chaque région. Faits à ce jour : Sud Ouest, Ouest France, La Dépêche du Midi, Paris Normandie, La Voix du Nord, La Nouvelle République (Poitou-Touraine), Le Bien Public (Bourgogne) et Le Progrès (Rhône-Alpes). V. la carte n° 5.
4) Enfin, suite à la diffusion de mes résultats, j'ai pu bénéficier de l'aide précieuse de certains contributeurs comme Pierre Paul Feyte pour le Gers ou Treizevents pour la Nièvre... Sans parler de tous ceux qui se sont désormais joints à moi. Merci à tous.
5) Base de données : au fur et à mesure que tombaient les différentes informations, je me suis ensuite constitué une base de données sur un tableau Excel, qui comprend chacune des caractéristiques de mes cas (date, durée, longueur, largeur, intensité, type de terrain, existence de photo ou non, commentaires divers...). Cette base en cours de remaniement n'est pas disponible en ligne en tant que telle, mais elle est à présent progressivement transférée sur le site de Kéraunos, où elle se remplit désormais au fil des nouveaux cas qui nous tombent sous la main. D'ailleurs n'hésitez surtout pas à reporter vos témoignages sur le site ou le forum de Kéraunos http://www.keraunos.org/ / http://keraunos.forumpro.fr/ , ainsi que sur le forum de Chasefever http://www.chasefever.com/forum.html .
6) Enfin j'ai tenté quelques statistiques, notamment pour la zone charentaise que j'avais déjà étudiée auparavant et qui bénéficie d'un recul chronologique suffisant. Voir le chapitre "Répartition géographique : zoom sur quelques zones".
Petites précisions utiles concernant la collecte des témoignages : Les concernant on peut donc voir que j'ai pris une position un peu différente de celle des recenseurs officiels. Il est notable qu'au départ j'ai commencé ces recherches dans le but d'approcher au mieux la réalité des tornades en France en évitant le plus possible le piège de la sous-information. Pour cela, j'ai donc choisi d'intégrer non seulement les cas relatés dans les quotidiens ou les productions scientifiques, mais aussi les simples témoignages sur les forums ou reçus directement, lesquels ajoutés au reste peuvent nous faire approcher davantage cette réalité. Ce qui m'amène de fait à accepter les témoignages même sans articles de journaux. En l'absence de toute garantie ou caution scientifique, tout dépend alors des détails donnés et de la fiabilité de la personne. Supposons un témoignage reçu en mp ou vu sur un forum, dans lequel il y aurait des détails caractéristiques tout à fait probants : 1) Quand je n'ai qu'un seul témoignage indirect venant d'un inconnu, il va être classé en "tornade possible", ce qui le fait figurer en orange sur les cartes annuelles et les cartes-pictos, sans être inclus dans les statistiques. Le but étant d'écarter les canulars des statistiques sans pour autant perdre une information exploitable. 2) Si le témoignage est indirect mais fiable, ou si j'ai un croisement de témoignages différents, alors je vais classer en Probable (==> "quasi sûr"). 3) Si le témoignage est direct et le témoin sûr, alors je peux valider.
Sachant que les cas probables et validés figurent en rouge sur les cartes et sont inclus dans les statistiques (beaucoup moins de risque d'erreurs dans ce sens-là que dans l'autre).
B) La carte-pictos
1) Généralités sur la répartition géographique
Etablies par mes soins, ces cartes sont plus étoffées bien sûr que les cartes initiales de François Paul et Jean Dessens, car les cas récents nous arrivent de plus en plus nombreux. Déjà F Paul le constatait sur son site, et on ne peut que le constater encore et toujours. Les grands responsables : les journaux, Internet, les apn et surtout les téléphones portables. En effet ces derniers, portés en permanence avec des possibilités de photographie instantanée, ont considérablement modifié nos comportements ces dernières années dans bien des domaines. On photographie ou on filme pour un oui ou pour un non, pour ensuite injecter cet instantané sur le net. Ces nouveaux comportements ont donc largement contribué à l'augmentation massive du nombre de cas rapportés.
Les principales constatations que l'on puisse faire avec ces cartes concernent la répartition des cas. Je reviendrai plus en détails là-dessus (ainsi que sur d'autres paramètres) et me contente ici de quelques généralités :
En gros, les mêmes zones mises en évidence par JD et FP ressortent à nouveau : "écharpe" du Nord Ouest qui va des Charentes au NPDC, Languedoc Roussillon, Jura pour les zones les plus touchées. Les zones les moins touchées correspondent grosso modo aux zones montagneuses ou au moins à fort relief. Cependant, on voit affleurer des différences : - A une échelle plus locale ressortent 4 zones de concentration particulière (du nord au sud : région de Lille/arrière pays lillois, région parisienne, Charente maritime, Aude-Hérault) sur lesquelles je reviendrai. - Le couloir NW semble se rétrécir notablement, en se centrant sur une ligne Charente Maritime, Deux Sèvres, Vienne, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Eure-et-Loir, région parisienne... - Certaines lignes se prolongent et semblent en rejoindre d'autres : la ligne du Jura se prolongerait jusqu'à l'extrême sud de la Loire via le Rhône, celle du littoral audois semble rejoindre le nord du 31 via la vallée de l'Aude...
2) Les différentes catégories de cas
Voilà une liste des types d'évènements que j'ai pu distinguer : 1) les tornades terrestres fortes (T1 et +), dites "significatives" 2) les petites tornades F0 (T0) dont une grande partie passe inaperçue et ne peut donc être qu'estimée 3) les trombes marines 4) les tubas, et parmi eux les "tubas-tornades" dont on ne sait pas trop s'ils ont touché le sol ou non
Concernant les tornades terrestres, je précise tout de suite que mes résultats concernent en quasi totalité la première catégorie et un peu la seconde. Du coup mes statistiques exposées dans les chapitres suivants peuvent différer de chiffres déjà connus en provenance d'autres sources, ces derniers incluant la totalité des cas estimés. Moi-même j'évoquerai aussi de temps à autre ces chiffres de la totalité des cas estimés, évidemment beaucoup plus importants que ceux des seuls cas de la catégorie 1, dits "significatifs" (voir chapitre Fréquence et autres données annuelles). Il faut savoir que les journaux nous rapportent essentiellement les cas de la première catégorie, tandis que les quelques rares représentantes de la catégorie 2 (les petites F0 sans dégâts ou dégâts très légers) peuvent nous être rapportées par les témoignages locaux et les photographes occasionnels. Pour certaines régions comme le littoral PACA ou la Corse, les trombes marines sont également bien représentées. A noter que les catégories 2, 3 et 4 deviennent de plus en plus visibles grâce aux chasseurs et photographes, et on commence à trouver des tubas-petites trombes à partir des années 2000.
Deux remarques pour terminer : - Si la carte-pictos ci-dessous ne comprend que les tornades sûres/quasi sûres et les trombes marines, la totalité des évènements figurent en revanche dans les cartes annuelles des dernières années, y compris tubas et cas incertains (v. chapitres suivants). - Une carte-pictos depuis 1999 a été produite plus récemment. Elle figure dans l'avenant au présent dossier http://superstorm.forumactif.com/dossiers-et-etudes-f13/tornades-en-france-t433-15.htm#2505
Carte 3 : Carte de la totalité des cas (actualisée au 31 décembre 2007) (rouge : cas recensés, validés et probables ; orange : cas possibles ; blanc : cas avérés mais non localisés précisément dans le dpt ; bleu : trombes marines ; picto allongé et traversé d'une barre (toute couleur) : épisode d'au moins 3 cas)
 _________________ Nico 17/69
Dernière édition par Nico 17/69 le Mer 05 Mar 2008, 10:37, édité 81 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Jeu 19 Oct 2006, 14:27 | |
| III REPARTITION GEOGRAPHIQUE : GENERALITES
A) Zones localisées ou non ?
Comme dit plus haut, on retrouve donc sur mes cartes les mêmes grandes zones à risques que celles déjà mises en évidence par Jean Dessens. En cela, rien de neuf sous le soleil à l'échelon national, si ce n'est un nombre de cas évidemment plus important. Par contre dans ces larges zones, on distingue des zones à densité plus forte, dont 4 zones qui ressortent tout particulièrement et sur lesquelles je reviendrai plus en détails dans le post suivant. Il est évident qu'ici, on doit prendre en compte toutes sortes de critères et pas seulement climatologiques (densité de population, médiatisation, degré d'étude des régions...).
Je reste grosso modo dans un faisceau d'hypothèses entre ces deux questions : 1) les zones de concentration- "taches" rouges sur la carte se seraient-elles révélées beaucoup plus étendues si toutes les régions avaient été étudiées exactement de la même manière (notamment pour le couloir du NW) ? 2) Ou alors existe-t-il réellement des zones très localisées (à l'échelle du dpt voire moins) qui laisseraient alors supposer l'existence de facteurs locaux exacerbant les tendances climatiques générales ?
Précisons ceci au passage : c'est en découvrant mes stupéfiantes statistiques charentaises que j'ai petit à petit pris conscience des énormes lacunes du recensement français. La volonté de voir ce qu'il en était dans les autres régions m'a alors poussé à réaliser cette présente étude sur la France, dont je m'attendais à ce qu'elle me donne partout ou presque les mêmes résultats que sur les Charentes. Or, ce collectage national m'a en réalité donné des résultats mitigés : à la fois confirmation à l'échelle nationale des grandes répartitions déjà observées par Jean Dessens, et en même temps confirmation de l'existence de zones de forte densité à plus petite échelle. Le caractère quasi exhaustif de la période récente, surtout depuis notre collectage systématique, réduit énormément la part de sous-médiatisation dans les causes possibles, laissant davantage de place à de véritables hypothèses climatologiques, ou tout au moins géographiques. Suppositions qui se sont trouvées renforcées par les hypothèses de David Escarguel sur Infoclimat à propos du Languedoc Roussillon, puis celles de Sam49 à propos de la Charente Maritime et du Centre Ouest. Enfin, on remarquera que la France est un pays très particulier par sa géographie "éclatée" avec une grande variété de paysages qu'ailleurs on retrouve surtout dans les très grands Etats : USA, Russie, Chine... Caractéristique qui a fait notre réputation sur la planète entière. Il nous est souvent difficile d'y parcourir plus de 150 km sans changer de contexte, parfois de manière radicale. Or, justement quand on sait à quel point la climatologie des orages et des tornades dépend de facteurs géographiques locaux, ceci pourrait bien expliquer cela. La climatologie des tornades en France ne pourrait donc se passer de l'étude à l'échelon régional voir plus locale encore, à la fois des régions les plus touchées et également de celles qui semblent bénéficier d'un bouclier local. La présence de ces dernières explique d'ailleurs que la France soit moins touchée en général par les tornades que d'autres pays d'Europe... ( v. dernier chapitre).
Au fil de mes "réflexions" et constatations, je me permets de supposer ce qui suit.
B) Les échelles de facteurs
3 échelles de facteurs pourraient déterminer le taux d'occurrence des tornades dans les zones françaises (et probablement européennes) :
1) le climat général européen avec tout ce qu'il peut avoir de spécifique. Notre situation en zone tempérée détermine déjà un plancher puisqu'à l'échelle du globe nous sommes situés dans les zones touchées entre le 60ème parallèle et les Tropiques. Et notre situation en Europe de l'Ouest détermine un certain plafond qui nous différencie en cela des USA (peut-être pas tant que ça d'ailleurs, comme on va le voir plus bas). Par la suite, différents freins et leviers à la formation des tornades vont générer les différences locales.
2) Le relief et la géologie (nature du sol) : Le rôlé joué par le relief est évident. Suffit de regarder les cartes pour s'en convaincre à l'échelon national, et à l'échelon local, on retrouve encore ce facteur : coup d'arrêt net sur l'Est de la Charente (zone où le relief commence à se creuser très nettement), concentration dans les zones de plaine du nord de la Haute Garonne... De même l'extrême localisation sur le littoral de l'Aude-Hérault semble due à la présence du relief de l'arrière-pays, sans lequel la zone languedocienne serait probablement beaucoup plus vaste. Quant à la géologie, Remy et moi avons constaté que la nature calcaire des sols pouvait jouer un rôle. Les sols calcaires ont en effet un pouvoir d'échauffement du sol, qui rend ce dernier propre à provoquer des phénomènes tourbillonnaires et "répondre à la sollicitation d'un tuba" en créant le buisson au sol qui ira le rejoindre en formant une tornade... Entre autres, j'ai constaté sur une carte sommaire des zones calcaires en France, que les zones concernées étaient presque les mêmes que celles mises en évidence par J Dessens pour la fréquence des tornades. Je vais même aller plus loin encore dans mes suppositions (propos évidemment susceptibles d'être vérifiés ou corrigés) : les sols calcaires concernant en effet l'écharpe NW, ils détermineraient donc dans ces régions la "réponse" du sol aux sollicitations météorologiques, ce qui supposerait une tendance plus grande à nous fabriquer du tourbillon quand il y a de l'orage. Resterait alors à étudier la nature géologique des sols du classique couloir d'orages SO/NE situé plus au sud, mais si cette nature n'est pas favorable à l'échauffement et à la création de phénomènes tourbillonnaires, ceci pourrait alors expliquer le faible nombre de tornades relevés dans ces régions malgré le nombre important d'orages, et ce même dans les zones de plaines (Aquitaine...)... (?)
3) Enfin des conditions climatiques locales pourraient éventuellement expliquer la fréquence toute particulière des cas dans les zones locales les plus touchées, notamment des conflits de masses d'air "maison". Ainsi le Languedoc se caractérise-t-il par un courant d’air froid de NW qui s’assèche en passant par la Montagne Noire et les Cévennes "puis parallèlement peut s’établir un flux chaud et humide en provenance du SE due à la mer." (extrait du dossier de David Escarguel sur Infoclimat). La zone charentaise quant à elle pourrait être le théâtre de conflits entre l'air surchauffé des plaines calcaires du Nord et l'air plus frais de l'océan et des marais. Pour le NPDC, je n'ai malheureusement pas d'informations de ce type... Par ailleurs on remarquera que dans les grandes régions à risques, les zones locales les plus touchées (région parisienne exclue) sont aussi les plus proches de la mer...
C) Quelques questionnements et réflexions
- J'ai l'impression que pour chaque région, plus on a de cas déjà recensés, plus on a de chances d'en découvrir d'autres. Par ex, pour les régions les moins exposées comme les zones montagneuses (1 ou 2 cas, voire rien du tout), il est fort possible qu'on ne découvre rien d'autre, et ce d'autant plus que les quelques rares cas potentiels s'en retrouvent d'autant plus médiatisés. Alors que pour les régions où un grand nombre de cas ont été relevés, on en découvre d'autant plus. Le rapport pourrait même être davantage exponentiel que simplement proportionnel. C'est ce qui me pousse à m'intéresser en priorité aux dpts déjà bien "pourvus". Il est évident que des causes topographiques sont à l'origine de ce constat, mais peut-être pas seulement. Tout ceci étant bien sûr à relativiser à la lumière d'autres critères entrant en ligne de compte, comme la médiatisation inégale des régions, ou l'importance de leur population/urbanisation...
- Je me demande parfois comment prendre en compte ces périodes de "chauffe" avec plusieurs tornades sur quelques années, voire une seule année, qu'on a pu constater sur plusieurs régions (?) : Morbihan (2 tornades en 2004), Ile et Vilaine (2 tornades en 2005), Rhône-Alpes (3 tornades en 2006)... Ces épisodes chauds semblent pouvoir survenir n'importe où, y compris dans les régions moyennement exposées (Rhône Alpes), et on les constate sur différentes époques. Mauvaise farce du hasard, loi des séries... ou alors causes liées à des fluctuations du climat français voire mondial (on m'a parlé de la NAO...) ? L'existence de précédents anciens m'incitent à pencher pour ce genre de causes. ATTENTION, ici il s'agit des tornades liées à des orages distincts, le plus souvent à 1 mois d'intervalle minimum. Je ne parle pas des épisodes orageux exceptionnels qui ont pu donner naissance à plusieurs tornades le même jour ou à quelques jours d'intervalle. Les Charentes malgré leur taux de fréquence déjà élevé ont eu elles aussi des années chaudes. Ainsi 1997 (4 tornades), 1999 (3 cas dont 1 trombe marine, voire 4 cas pour la seule Charente Maritime), 2005 (3 cas)... Il semble que le contraste soit moins grand pour les régions les plus propices (augmentation moins importante du nombre des cas) que pour les régions les plus protégées. Ce qui laisse supposer l'existence d'un plafond vraisemblablement du aux limites du climat français en général.
- Zones montagneuses : petites réflexions à propos de l'intensité des cas survenus en zones peu propices. Quand on imagine les zones non propices aux tornades, on pourrait en effet les imaginer frappées uniquement par des F0 de temps en temps. Or les quelques rares tornades qui les frappent sont très souvent, pour pas dire tout le temps, de très grosses tornades (F3 voire F4), avec des dimensions et des trajets parfois record (plus d'1 km de large et près de 60 km de trajet pour la tornade de St Claude née dans le Jura). On peut donc supposer que le potentiel climatique d'apparition de tornades serait le même pour tous, mais que le relief et(ou) d'autres causes non climatiques font barrage dans ces régions-là, ne laissant passer que les tornades les plus solides (celles qui ne se casseront pas les dents sur le relief), et les tubas (qui ne touchent pas le sol). Impression qui semble confirmée non seulement par les très puissantes tornades enregistrées dans des zones où elles sont rares, mais aussi par le nombre de tubas observés dans ce même genre de zones (Cantal...) ces deux dernières années. Concernant les zones montagneuses, je vous rapporte également cette information intéressante de Remy : "[..] c'est que les montagnes accentuent les phénomènes orographiques et peuvent engendrer des cisaillement de vent à des étages totalement différents de l'orage, donnant des ingrédients en plus pour la formation de la tornade." (Remy)
- Enfin, d'une manière générale, le nombre de tornades augmente considérablement à partir des années 2000. Comme par hasard à partir du moment où le net météo a commencé à se développer. Sauf facteur climatique particulier (contredit par le même taux de fréquence présenté par les Charentes sur 14 ans d'archives, mais à ne pas négliger pour autant), je pense que ces récentes années beaucoup mieux médiatisées sont vraisemblablement les plus représentatives de la fréquence réelle des tornades dans chaque région. C'est d'ailleurs pour cette dernière raison que je les ai choisies comme période de référence pour tenter d'établir un taux de fréquence moyen dpt par dpt. Voir dernier chapitre : Conclusion, tornades et réchauffement climatique.
D) Mes cartes par départements
Précisons tout de suite que ce découpage par départements reste bien sûr artificiel. En réalité je cherche à vérifier mon hypothèse de zones locales de concentration de cas, avec de probables points communs géologiques ou climatiques indépendants des frontières administratives. Et en cela, mon but serait déjà en priorité d'en déterminer les contours précis. Le choix des départements résultant en fait de l'échelle supposée de ces zones dont je pense qu'elles se situent effectivement davantage à l'échelon des départements qu'à celui des Régions par ex. Une carte par Région ne rendrait pas compte de la réalité plus locale. Enfin, je souligne la faiblesse de cette carte, commune à toutes les cartes de la totalité des cas qui ont pu être éditées pour un pays : les inévitables lacunes du recensement des cas du passé, et en particulier des époques les plus anciennes. Il est donc évident que cette carte reste uniquement un document informatif (tel dpt, tel nombre de cas), rien de plus. On ne saurait bien sûr l'utiliser pour étayer des études climatologiques ou des statistiques. Ce sont ces lacunes que j'ai cherché ensuite à compenser avec la carte suivante.
Carte 4 : Nombre total de tornades recensées, validées et probables répertoriées par département (actualisée au 31 décembre 2007)

La deuxième carte ci-dessous résulte de l'exploration systématique des journaux en ligne sur le même nombre d'années d'archives, effectuée dans le but de "lisser" au maximum le degré d'étude des régions de France, et compenser ainsi les lacunes de la première carte en offrant une vision plus juste de la réalité. La chose a été réussie notamment pour une grosse portion NW, le midi, la Bourgogne, le Sud Ouest et la région Rhône-Alpes, un hasard heureux ayant inclus parmi elles toutes les zones à risques identifiées par JD. J'ai ensuite complété la carte avec le résultat de mes recherches sur les autres départements (marqués d'une croix pour plus de clarté). Qu'en est-il donc alors ? Et bien si on compare avec la carte précédente, les résultats font ressortir en gros les mêmes régions plus fortement touchées, non seulement à l'échelle nationale (couloir NW) mais aussi à l'échelle locale, ce qui aurait tendance à confirmer l'existence des zones locales de concentration. La région parisienne s'y fait en revanche plus discrète, trahissant ainsi sa légendaire sur-visibilité. Par contre, la surprise vient de quelques autres départements qui, eux, s'y distinguent (Nièvre, Gironde, Loir et Cher, Ile et Vilaine...). Fréquence réelle ou épisode momentané ? La période de référence est trop courte pour s'en faire une idée. A voir donc sur la durée au fil des années qui vont suivre. En outre l'ensemble du Poitou Charentes, la Vendée et surtout la Gironde semblent prolonger de manière dégressive la zone charentaise. A voir là encore sur la durée ou avec l'exploration des archives de ces départements. Bien sûr, il faut noter que cette carte a ses limites : d'une part comme dit plus haut, je n'ai pas pu étudier toutes les régions, et d'autre part deux d'entre elles ne l'ont été que partiellement : NPDC (2 ans seulement) et région parisienne, faiblesses heureusement largement compensées par les études approfondies qui leur ont déjà été consacrées. Pour plus de détails sur certaines zones, voir post suivant. Comme les précédentes et comme les suivantes, cette carte est arrêtée au 31 décembre 2007.
Carte 5 : Nombre total de tornades recensées, validées et probables répertoriées par département de 2001 à 2007 (actualisée au 31 décembre 2007)

Dernière édition par le Lun 18 Fév 2008, 13:50, édité 71 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Ven 20 Oct 2006, 10:47 | |
| IV REPARTITION GEOGRAPHIQUE : ZOOM SUR QUELQUES ZONES (partie I)
Ce chapitre a pour but de détailler et expliquer les différentes conditions d'étude et les réflexions qu'ont pu m'inspirer certaines zones très localisées, afin d'éclairer au mieux les écrits précédents :
E) La zone charentaise (17, 16 moitié ouest, 79/85 extrême sud)
Voir mon dossier : http://www.keraunos.org/recherche-etude-charentaise-baluteau.pdf Voir également http://www.lpcweather.com/tornades_char.php (à venir) . C'est donc pour l'instant la seule zone dont je puisse parler en tant que telle, une zone qui concentre actuellement le plus grand nombre de cas en France aux 10 000 km2. Centrée essentiellement sur la Charente Maritime, elle déborde sur l'extrême sud Vendée et Deux Sèvres, ainsi que l'Ouest de la Charente. La carte depuis 2001 laisse également supposer un prolongement dégressif de cette zone sensible dans tout le Poitou Charentes, la Vendée et surtout la Gironde. Sur cette zone charentaise, mon recensement a révélé plusieurs couloirs de tornades, dont le plus long et le plus dense traverse le nord du 17 de l'île de Ré-La Rochelle jusqu'à Haimps et Aulnay (16 cas recensés sur cette ligne d'environ 80 km, dont 5 ou 6 cas rien que sur La Rochelle intramuros). On retrouve d'ailleurs ce même couloir sur la carte des cas depuis 99, à une échelle temporelle pourtant beaucoup plus réduite (voir le lien plus bas). Mes cartes montrent également un deuxième couloir partant de l'extrême nord du 17 pour rejoindre Niort dans le 79, et un 3ème couloir semble se dessiner dans le sud de la Charente Maritime (St George de Didonne - Archiac). Enfin un dernier couloir plus "relâché", partant des Vals de Saintonge et traversant dans le sens SW/NE le sud des Deux Sèvres et la Vienne, semble constituer l'amorce à l'échelle régionale du fameux couloir NW français déjà mis en évidence par Jean Dessens. Voir carte régionale et carte des cas depuis 99 dans les annexes, en 2ème page du topic http://superstorm.forumactif.com/dossiers-et-etudes-f13/tornades-en-france-t433-15.htm (ouvrir dans une nouvelle fenêtre, idem pour tous les autres liens)
Les causes possibles d'une aussi grande fréquence du phénomène dans le 17 et la zone charentaise ont bien sûr été envisagées. Les énormes lacunes du recensement dans la région notamment au XXème siècle, ainsi que son niveau d'étude sur les années récentes simplement équivalent à celui de bien d'autres régions étudiées, éliminent l'hypothèse de la surmédiatisation et orientent vers de réelles pistes climatologiques. Lesquelles pistes climatologiques ont justement commencé à se dégager dans un débroussaillage inauguré sur la région par Sam49. En voici les grandes lignes :
- Facteur climatique à grande échelle, le positionnement géographique de la Charente Maritime favoriserait les cisaillements directionnels et les affrontements verticaux entre masses d'air chaudes/humides venues du SW et masses d'air froides/sèches venues du NE. Ces facteurs sont reconnus pour être la principale cause des tornades aux USA, que l’on retrouverait donc ici en version plus « light ». A noter que tous les départements qui semblent constituer une zone plus grande autour des Charentes (Poitou, Deux Sèvres, Vendée, Gironde) pourraient correspondre à l’influence dégressive de ce facteur climatique… ( ?) - A ce facteur climatique à grande échelle viendraient ensuite, toujours en Charente Maritime, se rajouter des facteurs climatiques locaux. Ainsi d'après Marc Rauch (m17aunis) les fréquents conflits entre l'air surchauffé des plaines céréalières très calcaires du NE du 17 et l'air frais et humide en provenance des marais pourraient avoir pour effet de créer un micro climat propice aux orages violents. Reste à savoir si ce microclimat crée des orages là où on ne les attend pas ou se contente de renforcer une tendance orageuse déjà existante et prévue par les météorologues à l’échelon national. A ce propos, il faut rappeler que les Charentes ne figurent pas parmi les zones les plus orageuses de France et que c'est la proportion d'orages violents qui s'y révèle non négligeable (remarque valable également pour le NPDC). - A cela viennent encore se rajouter des facteurs géologiques locaux, liés à cette même présence dans le 17 de zones calcaires à fort pouvoir d'albedo, ce dernier renforcé par le taux d'ensoleillement important. Ces facteurs induiraient une réactivité du sol laquelle favoriserait la transformation des tubas en tornades au sol (on remarque d'ailleurs que les dustdevils sont très fréquents dans la région). - Enfin à tout cela s'ajoute un relief quasi inexistant dans une grande portion Ouest de la zone (le 17 est un des dpts les plus plats de France), ce qui évidemment déroule le tapis rouge pour nos tourbillons. La région possèderait donc un réel faisceau de facteurs qui pourrait expliquer le grand nombre de tornades relevées. Ce ne sont bien sûr que des hypothèses mais je pense quand même que cette zone charentaise, à la fois exposée et très mal connue, mériterait que les scientifiques se penchent davantage dessus pour justement faire la lumière sur tout ça. Enfin dernière remarque : il n’existe pas à proprement parler de « saison des tornades » en Charentes, région où tous les mois de l’année sont en effet représentés, avec une respectable proportion de tornades hivernales et automnales. En hiver, les tornades surviennent très souvent dans un contexte de ciel de traîne suite à une tempête ou gros coup de vent, où serait impliqué à chaque fois un jet puissant. A noter que cette forte présence des tornades hivernales contribue évidemment à augmenter leur nombre total. - Taux de fréquence sur les 14 dernières années (depuis 1994) : 23 cas sur 14 ans = 1 cas tous les 7,3 mois en moyenne. La zone étant délimitée indépendamment des limites administratives, je n'ai pas pu calculer le taux aux 10 000 km/2, mais la surface de la zone concernée doit les avoisiner. On peut donc supposer un taux aux 10 000 km2 d'environ 1 cas tous les 7-8 mois.
F) Le Nord et le Pas de Calais (59 et 62)
Comme dit précédemment, je n'ai pu étudier cette région que sur 2 ans d'archives en ligne (merci La voix du Nord... Et l'Eclair qui n'a pas d'archives en ligne ! ). Ceci aurait pu être d'autant plus dommageable que la région est déjà connue des recenseurs pour être une des plus touchées de France. Heureusement, cette région a été très étudiée par les recenseurs officiels (François Paul réside en Pas de Calais). En rajoutant aux cas déjà recensés par JD et FP les cas récoltés sur la LVDN + les divers dossiers et rapports sur les forums, j'ai pu constituer une liste de cas que j'ai ensuite fait valider par le président de l'Association Météorologique du NPDC. Ce dernier a en effet étudié les archives de sa région et s'intéresse tout particulièrement à ce sujet avec l'Observatoire des Tornades et des Orages violents en France. Grâce à ses retours d'information, je peux être sûr d'être en possession de la quasi totalité des cas marquants ou destructeurs connus sur cette région pour les décennies les plus récentes. Par contre je n'ai malheureusement que peu d'information sur les éventuels facteurs climatologiques/géographiques locaux si ce n'est, bien sûr, le paysage de plaine uniforme qui caractérise l'extrême nord et notamment la région lilloise. A noter que le nord-ouest de la région est davantage exposé en hiver et l'intérieur du Nord l'été (d'Arras à Lille et Valenciennes). Etant donné le taux de fréquence des tornades très proche de celui des couloirs charentais, et vu certaines similitudes (relief plat, littoral marin, orages d'hiver...) du NPDC avec le pays du pineau, on peut alors supposer d'éventuelles similitudes climatiques ou géologiques entre les deux régions... ? Une chose cependant plaide à l'inverse pour une spécificité nordiste : je pense en effet que cette zone (la plus étendue parmi celles que j'ai relevées en France) constitue en réalité le prolongement d'une zone encore bien plus étendue qui s'étendrait sur la Belgique voire sur toute une bonne moitié nord de l'Allemagne, qui présente peu ou prou le même type de paysage. Dans sa thèse de Doctorat "Etude des vortex de type tornade à partir de modèles de laboratoire" publiée en 1969, Jean Dessens évoque la région et notamment ses couloirs de tornades mis en évidence par le recensement : "La région parisienne et le nord de la France sont particulièrement propices à la formation des tornades. Toutefois, cette remarque est peut-être faussée par le fait que ces régions sont les plus peuplées. Et donc que les observations de tornades risquent d'y être relativement plus nombreuses. Dans les départements du NPDC, il existe de véritables couloirs de tornades. Couloir Erviller-Palluel (Villers-Lès, dévastée en 1922, 1935 et 1967 ; Rumaucourt et Ecourt St Quentin en 1950 et 1967). Couloir Busigny Fontaine au Bois (1905 et 1967). Couloir Effry - Wamy (10 juillet 1962, 12 avril 1965)." A noter : tout comme pour la zone charentaise, même si j'ai moins d'éléments climatologiques à ma disposition pour le dire et même si la médiatisation en NPDC est nettement meilleure qu'en Centre Ouest, je présume que la fréquence des cas en NPDC résulte d'une véritable prédisposition climatique et non, comme le suppose Jean Dessens plus haut, d'une possible surmédiatisation. On remarquera sur les cartes-pictos la concentration particulière sur la région lilloise. Bien sûr il serait difficile de ne pas penser à la grande concentration urbaine de cette zone, laquelle à l'évidence favorise les témoignages. Mais si seul ce facteur explique le grand nombre de cas, alors quid des autres régions du NPDC qui dans cette hypothèse devraient receler bien des cas inconnus ? D'autre part, je constate que cette bande étroite de l'extrême nord reste la plus plate de la région. A noter que le 62 semble légèrement plus touché que le 59. Voir également ce topic sur les couloirs d'orages en NPDC : http://flandreclair.niceboard.com/LA-CONNAISSANCE-DES-ORAGES-c2/Les-differents-orages-de-la-region-Nord-Pas-de-Calais-f6/Les-couloirs-de-foudre-du-Nord-Pas-de-Calais-p842.htm#842 Et pour des infos climatologiques plus générales, voir le lien suivant : http://www.meteo59-62.com/index.php5?page=climat-nord-pas-de-calais - Taux de fréquence sur les 14 dernières années (1994 à aujourd'hui) : 18 cas en 14 ans = 1 cas env. tous les 9 mois. Aux 10 000 km2 : 1 cas tous les 10-11 mois.
I) La Gironde (33)
La Gironde avait déjà retenu mon attention depuis un moment avec ses 5 tornades découvertes dans les archives de Sud Ouest de 2001 à 2007. A présent qu'on a recensé 1 autre tornade encore en 2007, ce département m'intéresse tout particulièrement, et ce d'autant plus quand je constate sa position géographique juste en dessous du 17 (donc a priori dans la zone d'influence des conditions climatiques décrites par Sam49 pour la Charente Maritime). La grande taille du département relativise légèrement le nombre de tornades relevées, mais ses 10 000 km2 tout ronds m'éviteront la règle de 3 pour en calculer le taux de densité. Sur la période 2001-2007, à présent 6 tornades ont été relevées (autant que dans le dpt du Nord et davantage qu'en Hérault). Bien sûr, ces résultats doivent être pris avec circonspection étant donné la brièveté de la période qui n'écarte pas non plus la possibilité d'un pic de fréquence momentané. Je vais donc étudier dès que possible la Gironde sur l'intégralité des archives de Sud Ouest (qui remontent jusqu'à 1994) exactement comme je l'ai fait pour les Charentes. Ce serait dommage en effet de ne pas profiter de cette superbe opportunité. Ainsi aurai-je déjà une idée plus exacte de ce qui s'y passe. - Taux de fréquence aux 10 000 km2 sur les 7 dernières années (2001 à 2007) : 6 cas en 7 ans = 1 cas env. tous les 14 mois. La période est trop courte pour garantir la fiabilité de ces chiffres, qui seront à revoir dès que j'aurai étudié le dpt sur les 14 ans d'archives de Sud ouest.
G) L'Aude et l'Hérault (11 et 34)
Ces deux départements du Sud Est représentent une autre grosse surprise dans mes recherches. En effet jusqu'à présent on les considérait en bloc (région Languedocienne) car ils apparaissent à peu près autant touchés l'un que l'autre sur les cartes de la totalité des cas. Or, sur ma carte depuis 2001 on constate une énorme différence de fréquence entre l'Aude et l'Hérault, dès lors qu'on s'intéresse au taux de fréquence et non plus à la simple totalité des tornades recensées (depuis 2001, 4 cas sur l'Hérault et aucun dans l'Aude). Ceci pourrait donc laisser supposer une zone locale propice plutôt centrée sur l'Hérault (à confirmer, bien sûr). Le relief plus présent dans l'Aude pourrait également expliquer cette différence entre les deux départements. Les cas en effet s'accumulent le long de la vallée de l'Aude voire se prolongent jusque dans le nord de la Haute Garonne, sant toucher le reste de la région. - Taux de fréquence comparés : Depuis 1999 l'Hérault présente une fréquence moyenne d'environ 1 cas tous les ans (fréquence moyenne de 1 cas tous les 1,89 ans depuis 1990). L'Aude présente depuis 1963 une succession de cas à intervalles relativement réguliers : 1963-1969-1979-1990-1999 (2 cas le même jour mais issus d'un même épisode météo). On peut donc supposer pour cette dernière un taux de fréquence de 1 cas significatif tous les 9 ans seulement !
Dernière édition par Nico 17/69 le Mer 05 Mar 2008, 10:19, édité 178 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 25 Oct 2006, 15:07 | |
| IV REPARTITION GEOGRAPHIQUE : ZOOM SUR QUELQUES ZONES (partie II et conclusion)
H) La Haute Garonne (31)
Voir le dossier de Remy et Alain : http://superstorm.forumactif.com/viewtopic.forum?t=414 Même si à l'échelle de la France elle ne fait pas partie des zones les plus à risques, la Haute Garonne présente néanmoins 3 particularités : - D'une part, grâce au dossier d'Alain et Remy, elle fait désormais partie du club très fermé des régions-dpts les plus étudiés en profondeur - D'autre part, avec ses 7 tornades validées dont trois F3 (voire deux F3 et une F4 ?), elle reste le département le plus touché de la Région Midi-Pyrénées, et probablement du Sud Ouest en général. Pour ce qui est de la climatologie, Remy a poussé ses investigations avec l'aide de Jean Dessens. Pour résumer : situé à un carrefour de régions différentes, le département subit en conséquence des situations météo elles aussi variées, et les tornades n'échapperaient donc pas à la règle. Je ne m'étendrai pas sur toutes ces questions et préfère vous renvoyer au lien ci-dessus. Citons juste la situation-type la plus caractéristique que m'a décrite Remy : le vent d'autan chaud et humide qui se heurte à un vent d'Ouest plus frais, responsable notamment de la tornade d'Escalquens en 1844. - Enfin ce département représente à lui tout seul tout un microcosme de paysages différents allant de la montagne jusqu'aux plaines du Nord. Peut-être est-il exceptionnel en France par sa diversité, mais du coup la zone de concentration des cas dans les plaines du Nord pourrait être davantage rattachée à la zone du Lauragais qui s'allonge vers l'Est jusque dans l'Aude, délimitant ainsi l'éventuelle zone climatique dont je parlais plus haut (voir plus haut paragraphe sur l'Hérault) : les zones les plus touchées du 31, situées dans les plaines calcaires du Toulousain semblent en effet prolonger vers l'Ouest le couloir de tornades de la vallée de l'Aude... (?). Ce département serait donc une belle démonstration de la nécessité de raisonner par zones climatiques, et non plus par département ou par pays. Dernières nouvelles : Remy aurait eu un échange avec J Dessens au cours duquel ce dernier aurait évoqué lui aussi l'existence d'un couloir de tornades situé précisément dans cette zone, avec une unité climatologique allant en gros de Carcassonne jusqu'à Narbonne (dont l'Hérault serait en revanche exclu)... - Stastistiques depuis 1960 : 1 cas en 1960 (F3 ? F4 ?), 1 cas en 1980 (F2) et 1 cas en 1992 (F1) = 1 cas en moyenne tous les 15,3 ans (sachant qu'il est possible que des cas restent encore à découvrir dans la période). Aux 10 000 km/h : 1 cas tous les 5 ans (4,7 exactement), sachant que si seule la surface réelle de la zone touchée était prise en compte dans les calculs, le taux de retour serait certainement plus serré.
J) Le Loir-et-Cher, le Morbihan, l'ïle et Vilaine et la Nièvre (41, 56, 35 et 58 )
La Nièvre et certains dépts bretons affichent un taux de densité remarquable depuis 2001. A-t-on affaire à des périodes exceptionnelles ou au contraire à un taux de fréquence réel ? La Nièvre en particulier se distingue par ses 5 cas de tornades enregistrées depuis 2001, alors qu'en deça les cas se font rares (parmi eux la F3 de la Charité/Loire en 1986). Ce qui à l'instar de la Gironde laisse soupçonner davantage une sous-médiatisation sur les années précédentes qu'un pic de fréquence actuel. Encore un dpt qui mériterait, je crois, qu'on se penche davantage dessus. Quant à la Bretagne, elle se distingue particulièrement elle aussi au cours des dernières années. D'abord l'Est de la Région (Ile et Vilaine, Morbihan...) puis le Finistère en 2006 et 2007. Chris68 a évoqué sur IC la possibilité d'une cause momentanée liée à une prédominance de flux du Sud... Une tendance à vérifier sur les années qui vont suivre. Enfin le Loir et Cher n'intéresse pas seulement Michel Delpech. Le recensement initial des tornades par Jean Dessens et François Paul y laisse en effet déjà apparaître une certaine zone de concentration. Avec sa situation en plein dans le couloir NW et ses 3 cas de tornades depuis 2001, cette région mériterait probablement elle aussi une étude plus approfondie. - Taux de fréquence : Non encore calculé pour ces dpts.
2) La région parisienne (75, 91, 92, 93, 94, 95, 78 )
Attention je ne parle pas ici de l'IDF entière, le 77 n'étant pas concerné par ce paragraphe. Cette région, qui se distingue sur la carte de la totalité des cas et la carte-pictos, est en réalité moins touchée qu'il n'y paraît au premier abord (tout en gardant un taux de fréquence qu'on peut supposer soutenu). Ici, l'explication repose essentiellement sur la grande visibilité de cette région sur le plan médiatique, ainsi que les études très approfondies menées par Guillaume Séchet. Il faut en effet savoir que ce dernier a consacré tout son temps libre durant 4 ans à explorer 1 siècle et demi d'archives de journaux nationaux et locaux ! Un boulot remarquable qui pourrait faire de cette région, située au beau milieu du couloir NW, une région-témoin du taux d'occurrence moyen qu'on pourrait y trouver (?). Voir le site de Guillaume Séchet, centré sur la région parisienne et proposant une base de données des évènements météo anciens : http://www.meteo-paris.com/ - Taux de fréquence de 1987 à aujourd'hui : 6 cas de tornades recensées, validées ou probables sur 19 ans = 1 cas tous les 3 ans environ en moyenne (le degré d'étude de cette région autorise le choix de cette période un peu longue, ce qui compense le nombre de cas plus réduit). Aux 10 000 km2 : un peu plus d'1 cas tous les 2 ans.
Conclusion
Pour étudier les différents taux de fréquence et caractéristiques, il m'aura donc fallu m'armer d'une loupe et tâcher d'y voir plus clair à l'échelon départemental. A vue de nez, je pense qu'en France selon les régions, on doit avoir une fourchette qui va de 1 cas tous les 20-25 ans environ pour les zones montagneuses très peu touchées, à 1-2 cas par an pour les zones les plus exposées. A noter que le nombre de dpts sans aucun cas recensé a nettement diminué depuis mon collectage. Le 52 (Haute Marne), le 12 (Aveyron), le 48 (Lozère), le 26 (la Drôme) et le 74 (Haute Savoie) forment le dernier carré d'irréductibles à résister encore et toujours au recensement. Des conditions géographiques et(ou) climatiques locales peuvent justifier cette virginité obstinée (notamment bien sûr pour le 74), mais je constate également que beaucoup de ces dpts sont peu peuplés ou peu médiatisés... Un appel reste donc lancé vers les observateurs ou témoins éventuels de ces régions.
Pour conclure ce tour de piste à l'échelle locale, je pense qu'on devrait revoir notre habitude de parler de la France en général en tant que "bloc", car on y constate une très grande disparité et des différences énormes entre les régions. Je pense même qu'il s'agit là d'une véritable spécificité française. L'exemple de La Haute Garonne en est très caractéristique : c'est donc pourquoi il serait à mon avis nécessaire d'isoler ces zones climatiques. C'est également pourquoi le recul à l'échelle européenne pourrait se révéler intéressant pour comprendre. Enfin, je commence à supposer les zones les plus à risques non plus sur la classique écharpe NW, mais sur les deux pôles NPDC et Centre Ouest (Gironde incluse), et le littoral du Languedoc-Roussillon dans une moindre mesure, peut-être aussi le duo Nièvre-Yonne en Bourgogne. En effet dans l'écharpe du NW, beaucoup de régions s'obstinent à demeurer peu touchées voire quasi vides malgré mes ratissages (??). D'ailleurs la région parisienne très étudiée et très médiatisée pourrait constituer un exemple de la fréquence moyenne qu'on pourrait trouver dans ce couloir (1 tornade tous les 2 ans aux 10 000 km2). Fréquence qui, si elle est déjà bien soutenue et mérite d'être signalée, reste malgré tout 2 à 3 fois moindre que celle du 17 ou du NPDC. Sachant bien sûr que tout ceci reste à confirmer par l'étude approfondie des régions notamment du centre de la France et de l'intérieur du couloir NW. _________________ Nico 17/69
Dernière édition par le Ven 07 Déc 2007, 16:16, édité 74 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 25 Oct 2006, 15:10 | |
| V FREQUENCE ET AUTRES DONNEES ANNUELLES Quelques interrogations et réflexions
A) Introduction et remarques
Ces dernières années sont les seules que l'on puisse considérer à peu près exhaustives concernant les cas classés F1 et +, les années plus anciennes comportant d'inévitables lacunes. Aussi j'ai choisi de commencer mes cartes annuelles avec l'année 1999. Toutes ces cartes sont bien sûr actualisées au 31 décembre 2007. Pour des renseignements plus récents, voir http://www.keraunos.org/tornades-france-trombes-tubas-bdd.htm .
Eléments de statistique
L'année la plus fortement touchée : 2004 avec 25 cas. L'année la moins fortement touchée : 2002 avec 11 cas. On peut donc supposer une moyenne d'environ 15-20 cas par an en France ce qui reste assez peu par rapport à d'autres pays d'Europe. Outre les possibles lacunes du recensement, on peut évoquer en guise d'explication le caractère très éclaté du paysage français, qui comporte de vastes zones montagneuses peu propices (v. plus haut chapitre III Répartition géographique : Généralités, paragraphe A ). A noter quand même qu'avec ce chiffre de 17 cas/an en moyenne, on peut envisager sur les 3 derniers siècles plusieurs milliers de trombes significatives au lieu des quelques 350 déjà recensées. Beaucoup de cas sont donc passés à la trappe, et certains y resteront probablement à jamais.
Une fois de plus, je rappelle également que les résultats des études effectuées avec les articles de journaux tendent à faire remonter essentiellement les trombes dites "significatives" cad ayant provoqué des dégâts, la plupart du temps F1 et +. Or évidemment ces cas-là ne représentent pas la totalité des cas en France. Il existe aussi des trombes très faibles et très brèves qui ne faisant aucun dégât passent la plupart du temps inaperçues, et qu'on ne peut donc qu'estimer. Incluant ces derniers cas, l'étude de Jean Dessens estime le nombre total de cas en France, toutes intensités confondues, à 2 par an et par département (environ 180 trombes au total par an). Ma propre "étude" me permet d'estimer ce même nombre total à 5-7 trombes annuelles voire plus aux 10 000 km2 pour les zones les plus touchées. Evidemment ces chiffres n'ont rien à voir avec ceux dont il a été question jusqu'à présent et qui sont montrés sur les cartes qui suivent. Cela montre à quel point il est bien nécessaire de savoir à quels chiffres (estimés ou liés au strict recensement) on se réfère. C'est également pourquoi à mon avis l'émergence depuis quelques années de témoignages visuels de plus en plus nombreux (la plupart concernant justement des petites trombes) ne doit pas faire penser à une augmentation réelle de leur nombre. Pour l'instant nous n'avons aucun moyen sûr d'émettre une telle conclusion. Je pense simplement que ces trombes faibles jusqu'alors seulement estimées deviennent plus visibles.
B) Les cartes
Carrés rouges : cas avérés et fortement probables ; carrés oranges : cas possibles ; carrés gris : cas plus incertains ; carrés bleus : trombes marines Rectangles bleus : épisodes de 3 trombes marines ou + ; rectangles rouges : épisodes de 3 trombes terrestres ou + ; rectangles oranges : 3 trombes terrestres possibles ou + Petits ronds rouges : tubas au-dessus de la terre ; petits ronds bleus : tubas au-dessus de la mer ; petits ronds gris : tubas incertains
Carte 6 : 1999
On peut supposer l'année un peu sous-représentée. Néanmoins l'Aude, l'Hérault et la Charente Maritime ont été particulièrement touchés cette année-là (3 cas chacun, 2 pour l'Aude). On notera également une tornade survenue à Cardonville (Ysigny sur Mer) dans le Calvados le 25 décembre juste avant l'arrivée de Lothar.

Carte 7 : 2000
Peu de cas dans l'ensemble, avec une concentration dans le Nord Pas de Calais (3 cas).

Carte 8 : 2001
Une année plus "riche" dans l'ensemble avec 20 cas. On y remarquera l'émergence des cas plus incertains représentés en gris, due à l'exploration des journaux en ligne à partir de cette année. La répartition géographique est plus équilibrée avec même un cas dans les Vosges.

Carte 9 : 2002
Très peu de cas pour cette année 2002 qui n'en totalise que 10 (à se demander s'il n'en manque pas...). Concentration dans le centre Ouest et la région PACA.

Carte 10 : 2003
Ici, les cas sont mieux répartis géographiquement, mais les cas incertains sont particulièrement nombreux, notamment dans l'Ouest et le centre-Est.

Carte 11 : 2004
L'année a été particulièrement marquée pour la région Nord Pas de Calais, frappée par 4 tornades cette année-là, auxquelles il faut ajouter un épisode de 11 trombes marines observées le même jour. On commence également à voir émerger les tubas, que les gens photographient davantage et partagent sur le net.

Carte 12 : 2005
20 cas totalisés pour cette année, qui compte notamment un cas (à vérifier) en Corse, un assez grand nombre de cas incertains. Pour la Corse, on notera également un impressionnant épisode de trombes marines en automne, abondamment photographié.

Carte 13 : 2006 On remarquera ici le caractère atypique de cette année sur le plan de la répartition géographique. En effet, les régions de l'Est et la région Rhône-Alpes ont été particulièrement touchées alors que les habituelles régions du Nord Ouest l'ont été moins qu'à l'ordinaire. Le nombre de tubas repérés augmente de manière sensible.

Carte 14 : 2007 (actualisée au 17 juillet 2007)
Année commencée en fanfare avec le petit outbreak du 1er janvier, qui a touché essentiellement Bretagne et régions du Centre Ouest. La Bourgogne aura été très touchée elle aussi cette année. A l'inverse, le NPDC habituellement touché a été épargné. Voir le bilan climatologique Kéraunos 2007 http://www.keraunos.org/recherche-etude-wesolek-bilan2007.pdf
 _________________ Nico 17/69
Dernière édition par le Mar 12 Fév 2008, 11:23, édité 54 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 25 Oct 2006, 15:10 | |
| VI CARACTERISTIQUES DES TORNADES EN FRANCE Types d'évènements, intensité, dimensions, durée...
Les travaux de Jean Dessens et François Paul ont bien approfondi toutes les caractéristiques présentées par nos trombes french touch (voir le site présentant les travaux de Dessens et Snow sur le sujet : http://metamiga.free.fr/tornade_france/page1.htm ). A ce niveau entre autres, mes propres recherches n'ont pas relevé grande différence et ne sauraient se substituer aux indispensables travaux des pionniers en la matière (voir chapitre I).
A) Les différents types d'évènements
1) Les trombes terrestres
Je ne m'attarderai pas dessus, étant donné qu'elles constituent l'essentiel de mon dossier. Mes recherches m'ont cependant amené à distinguer grosse modo 3 catégories de cas : - Les trombes que je qualifie de "siginificatives" ayant provoqué des dégâts sérieux (depuis la T1 ou grosse F0) dont les journaux se font l'écho. - Les trombes faibles (petites F0) qui sont vues ou provoquent quelques petits dégâts caractéristiques, tels que me les a décrites un proche. Elles ne figurent qu'à de rares exemplaires dans mes résultats, la plupart d'entre elles se cantonnant aux mémoires individuelles et collectives à l'échelle d'un village ou d'une contrée, le plus souvent sans faire l'objet d'un article de journal même local. Précisons aussi qu'un certain nombre de ces trombes faibles peuvent avoir été des gustnadoes ou tornades un peu particulières apparaissant sous les fronts de rafales. Non rattachés au nuage, les gustnadoes évoluent quand même avec ce dernier, formant comme une sorte de "super-dustdevil" sous orage. Leur force modérée peut aller jusqu'à F1. Je pense que les connaissances et le matériel actuel de MF ne permet pas, à l'heure actuelle, d'identifier précisément les gustnadoes quand le phénomène n'est pas directement vu (mais je peux me tromper...). - Les trombes faibles non vues, dont on ne peut qu'estimer le nombre (v chapitre précédent).
2) Les trombes marines
Elles n'ont pas été prises en compte dans le recensement initial de Jean Dessens et j'ai vite compris pourquoi. En effet, leurs conditions d'apparition et leurs caractéristiques sont quelque peu différents de ceux des trombes terrestres. Et leur fréquence est beaucoup plus élevée. Les trombes marines apparaissent quand la surface des eaux restée chaude après l'été se heurte à l'air devenu plus frais en automne. Les mois d'automne (octobre, novembre) sont donc la période la plus propice à leur apparition. Bien que d'intensité faible le plus souvent, il peut arriver que des trombes marines arrivent sur les terres et y deviennent des tornades destructrices comme à La Rochelle en 1971 ou plus récemment à Dinard. Les régions les plus propices à l'observation des trombes marines sont les côtes méditerranéennes et corses. Antibes en particulier est réputé pour ça. A priori il me paraît logique que le taux d'ensoleillement y soit pour quelque chose. Sur les côtes atlantiques ou de la Manche, le phénomène semble (un peu) plus rare. Sur les côtes charentaises on en observerait à peu près tous les ans d'après MF17, et on en a également relevé ces dernières années sur les côtes de Bretagne, du Nord Pas de Calais ou du pays basque. Si le taux d'ensoleillement en tant que facteur prédominant était confirmé, alors les régions atlantiques les plus ensoleillées devraient également se révéler les plus pourvues en trombes marines (17, 85, 44...). Les épisodes les plus remarquables (ou en tout cas les plus connus) restent celui des côtes dunkerquoises en octobre 2004 (11 trombes en quelques heures) et ceux du Cap Corse en automne 2005. A noter qu'en Corse en 2005, le phénomène observé en toutes saisons en était devenu quasi banal... Dernière question : le nombre de trombes marines est-il proportionnel à celui des tornades terrestres ? Si c'était le cas, la région d'Antibes - Nice mériterait alors un coup de projecteur personnalisé pour les tornades terrestres... Personnellement je crois à une certaine proportionnalité en rapport avec les facteurs climatiques généraux, mais on constate cependant que les régions à plus forte densité de trombes marines ne sont pas celles qui ont la plus forte densité de trombes terrestres. Tout dépend évidemment des autres facteurs. Je pense en particulier à la Corse au relief montagneux : pas ou très peu de tornades terrestres à cause du relief. La singularité du cas est ici évidente. Mais peut-être les causes sont elles multiples... (?)
3) Les tubas
Evidemment beaucoup plus nombreux que les tornades, la plupart des tubas (amorces de tornades qui ne touchent pas le sol) passent inaperçus. Depuis l'apparition du net et divers objets de nouvelle technologie, beaucoup de tubas arrivent à gagner la célébrité en devenant plus visibles. On les voit nettement émerger sur mes cartes annuelles à partir de 2003. La fréquence des tubas dans les différents régions pourrait se révéler un bon moyen de vérifier ces différents facteurs de causalité dont je parle plus haut (chapitre Répartition géographique : Généralités). En effet leur nombre similaire dans les zones peu touchées et dans les zones très touchées pourrait mettre en évidence le rôle joué par la nature des sols dans la génèse des tornades. A l'inverse, un nombre plus important de tubas révèlerait le rôle joué par les facteurs climatiques locaux dans des zones plus touchées.
4) Les dustdevils
C'est un autre phénomène tourbillonnaire dont il n'a jamais été question jusqu'à présent mais que j'évoque ici brièvement. Les dustdevils ou tourbillons de poussière (appelés sorcières, follets ou danseuses selon les régions) se forment par temps très chaud, en général sous un beau ciel bleu ce qui les différencie radicalement de leurs cousines géantes sous orage. Peut-être cette nature du sol calcaire déjà évoquée, à fort pouvoir d'échauffement, favorise-t-elle aussi la formation des dustdevils. En effet ils semblent communs dans ce genre de régions. Les dustdevils en général sont d'intensité faible et peu dangereux. Méfiance tout de même ! J'ai quelques cas de "sorcières" particulièrement vigoureuses dont l'une a pu soulever à 1 mètre de hauteur toute la structure d'une buvette (Tonnay Boutonne, 17, en 2003). Et tous les internautes passionnés de météo connaissent bien cette vidéo d'une sorcière nippone qui a offert un baptême de l'air à quelques chaises pliantes.
B) Les intensités
Parmi les 350 cas de trombes terrestres recensés par Jean Dessens et François Paul depuis un peu plus de 3 siècles, on compte 2 tornades d'intensité F5, 13 tornades d'intensité F4, 78 tornades F3, 137 tornades F2, 83 tornades F1, 37 tornades F0. Aux cas déjà recensés, mes recherches ont ajouté essentiellement des F1 et des F2, de loin la catégorie la mieux représentée dans les recensements, et aussi quelques F3. Bien sûr plus on descend dans le bas de l'échelle et plus les cas sont nombreux. Mais comme déjà expliqué dans le chapitre précédent, le nombre de F0 en particulier ne pourra qu'être estimé, beaucoup d'entre elles passant inaperçues. Quant aux F3 et plus, pour la plupart on peut les supposer déjà connues des recenseurs, exceptions faites du cas de St Georges de Didonne (17) et de celui de Champagne-Mouton (16-86) que mes recherches et celles de Kéraunos ont récemment fait remonter. Un autre exemple d'une possible très grosse tornade en 1939, encore inconnue, m'amène à penser qu'en explorant les archives on devrait encore découvrir de très grosses tornades anciennes (F3, F4 voire F5) encore inconnues. A noter enfin que nos données sur les années récentes laissent entrevoir un taux de retour des F3 bien supérieur au chiffre communément admis de 1 tous les 6-7 ans environ : sur certaines périodes, les F3 surviennent quasiment tous les ans. Enfin il semble que l'étude de la représentation des cas par intensité (camemberts) à l'échelle nationale et(ou) régionale puisse révéler certains facteurs climatiques ou géologiques. Je n'ai malheureusement pas pu effectuer ce genre de statistiques (Charentes exceptées) car dans ma base de données trop de cas demeurent sans classement ou avec des classements approximatifs. Je n'ai pas pu non plus effectuer de statistiques d'occurrence des très grosses trombes.
C) Les dimensions
1) La longueur et l'orientation des trajets
La longueur de la distance parcourue varie en général de quelques centaines de mètres à quelques kms. Le trajet le plus long parcouru par une tornade en France est de 58,5 km. Il s'agit de la tornade classée F4 de St Claude (39) le 19 août 1890 (dont la largeur, 1000 m, était elle aussi plus que respectable). Dans les cas recensés une poignée de tornades ont ainsi parcouru plusieurs dizaines de kms. En France à mon avis, la grande variété géologique et le cloisonnement des paysages interdisent les longs trajets car très vite les trombes rencontrent des obstacles (relief...). Il est à noter que les intensités (classement sur l'échelle de Fujita) et l'importance des dimensions (longueur, largeur) ne sont pas forcément proportionnelles, même si elles sont relativement liées. Par exemple, la F5 de Palluel (62) n'aura parcouru "que" 23 km. L'orientation des trajets se fait la plupart du temps d'Ouest en Est, plus précisément Sud Ouest/Nord Est. En fait, la trombe suit tout simplement la direction prise par le système orageux qui lui a donné naissance. Plus rarement, on peut observer des trajets Sud Nord notamment en Méditerranée. Enfin, j'ai connaissance de certaines trombes de Haute Garonne qui ont exceptionnellement suivi un trajet Nord/Sud.
2) Sens de rotation
Ici, rien de nouveau par rapport à l'étude de Jean Dessens. Je n'ai que très peu d'informations à ce sujet et ne peux que reprendre la conclusion de JD : la plupart du temps les trombes ont un sens de rotation inverse à celui des aiguilles d'une montre.
3) Les largeurs de couloirs de dégâts
Elles varient de 15-20 m à plusieurs kms de largeur. Je suis longtemps resté incrédule devant les dimensions proprement effarantes de certaines trombes affichant sans vergogne des largeurs supérieures au kilomètre. Le record en la matière reste celui de la trombe de Javaugues en Haute Loire, avec ses 3 kms de largeur ! Là encore comme pour les longueurs des trajets, le rapport entre l'intensité et la largeur n'est pas forcément proportionnel puisque cette mégatornade n'a été classée "que" F3 (à l'inverse par exemple, la F4 de La Rochelle en 1971 ne faisait que 50 m de largeur). Il semble que la largeur maximum des trombes soit conditionnée par la nature du sol, et des frotttements que ce dernier occasionne à son passage.
4) La durée
Celle-ci reste souvent inconnue dans les bases de données car elle est très difficile à évaluer dans son ensemble par les témoins ou victimes, dont la plupart parlent des quelques secondes durant laquelle la trombe est passée chez eux ou non loin. Etant donné que les distances la plupart du temps sont courtes, les durées sont souvent très brèves et n'excédent pas quelques secondes, même parfois pour des tornades assez puissantes comme la F2 de Haimps (17). _________________ Nico 17/69
Dernière édition par Nico 17/69 le Mar 12 Fév 2008, 11:44, édité 35 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 25 Oct 2006, 15:12 | |
| VII CARACTERISTIQUES DES TORNADES EN FRANCE Répartition annuelle et situations météo-types, répartition journalière, tornades en série
A) Répartition annuelle et situations météo-types
1) Généralités et tornades estivales
Concernant les répartitions annuelle et journalière, je n'ai pas moi-même effectué de statistiques sur mes propres résultats. Aussi me contenterai-je de reprendre ici les constatations de Jean Dessens dans son étude. Sachant que les cas récoltés par mes soins semblent se situer dans la continuité de ses résultats. En France et probablement en Europe, on peut dire que nous avons deux types de tornades selon leur répartition chronologique dans l'année : les classiques cas de saison chaude, qui apparaissent grosso modo d'avril à septembre, et les tornades de saison froide (v sous-paragraphe suivant). Les deux pics de fréquence pour les trombes significatives sont le mois de Juin et le mois d'Août. En dehors de ces maxima la répartition dans l'année s'effectue de manière assez uniforme sur l'ensemble des mois et des saisons (c'est le cas dans mon étude charentaise, où tous les mois de l'année sont représentés).
 Répartition mensuelle des tornades en France en % des cas recensés (source Kéraunos)
Selon la saison les situations-météo types diffèrent sensiblement. D'après l'étude de Jean Dessens, la situation-type d'été correspond aux situations orageuses classiques : à 500 hPA, un flux de sud-ouest sur la France provoqué par des hautes pressions sur le Sahara et des basses pressions sur le Golfe de Gascogne ou sur l'Atlantique. Au sol un léger creux du champ de pression au-dessus de la France, ou marais barométrique. Pour plus de détails voir http://metamiga.free.fr/tornade_france/page1.htm . Enfin, les tornades estivales apparaissent de préférence à l'intérieur des terres.
2) les tornades de saison froide
Les trombes survenant entre octobre et mars représentent une proportion non négligeable de leur total dans certaines zones, notamment le centre Ouest. Jean Dessens estime leur pourcentage à environ 20 % du total des cas en France. Elles ont fait l'objet d'une étude approfondie dans le numéro 44 de La Météorologie de février 2004, qui détaille entre autres les conditions météo favorables à leur apparition. Je ne pourrai ici m'étendre dans le détail et me contenterai de relever les aspects suivants, cités directement d'après le dossier de La Météorologie : - La situation-type favorable aux tornades en saison froide : "à 500 hPA, rapide flux d'ouest à sud-ouest (entre 75 et 130 km/h), circulant entre des bas géopotentiels centrés de l'Irlande à la Mer du Nord et des hauts égopotentiels s'étendant des Açores à la péninsule ibérique". - Les tornades se produisent "à gauche du courant-jet ou juste sous celui-ci, c'est-à-dire dans la zone de tourbillon cyclonique, du côté froid du courant-jet". - En surface, les tornades se produisent de préférence "dans des situations de traîne active d'ouest - sud-ouest, loin à l'arrière du front froid principal". J'ai eu l'occasion de le vérifier avec les cas charentais de mon étude. - Enfin les tornades de saison froide se produisent de préférence près des littoraux, zones où l'instabilité est la plus grande en hiver. Les régions les plus touchées sont celles du centre-ouest : portion Est de la Bretagne, Pays de Loire, Charente Maritime.
B) Répartition journalière
D'après l'étude de Jean Dessens et John Snow, le maximum de fréquence se situe dans la journée, avec deux pics particuliers : l'un entre 16 h et 17 h TU, et l'autre entre 18 h et 19 h TU*. Comme pour la répartition annuelle, en dehors de ces pics les tornades se répartissent de manière équilibrée sur le reste de la journée. On peut facilement faire le lien entre le degré d''insolation et l'horaire d'occurrence des trombes puisqu'elles surveinnent le plus souvent vers midi en période froide, et dans l'après-midi voire début de soirée entre Avril et Octobre. Il existe cependant des trombes nocturnes pour lesquelles on ne peut évidemment invoquer l'insolation. Ces dernières sont d'ailleurs souvent difficiles à identifier faute de témoignages directs. 20 grandes trombes du recensement de Jean Dessens ont eu lieu la nuit.
* Heure TU (Temps Universel) : Octobre à Mars : heure locale - 1 h Avril à Septembre : heure locale - 2 h
C) Les tornades en série
En France la plupart du temps, les tornades significatives nous sont connues de façon isolée lors d'un épisode donné. Cependant au fil de mes recherches, j'ai été amené à tenir compte de deux choses. D'une part, ces trombes isolées peuvent très bien avoir été accompagnées d'une ou plusieurs petites trombes très faibles passées inaperçues, ou au minimum de quelques tubas. La chose me paraît même quasi certaine à présent. D'autre part, les trombes significatives en série existent bel et bien. Dans son étude, Jean Dessens a déjà recensé plusieurs épisodes de ce type, notamment dans les années 60 : - Le 4 mai 1961 en même temps que la célèbre tornade d'Evreux (27), 3 autres tornades se sont déclarées à Cormeilles (14), à Barentin (76) et à St Ville (77). - Le 24 juin 1967, les tornades d'Argoules (F2) et de Davanescourt (F3) se sont produites lors du même épisode, à 83 km l'une de l'autre. - Le 1er août 1963, deux F3 se sont produites simultanément à 80 km de distance, l'une à Mazerolles et l'autre à Tonneins... Mes propres recherches ont également fait ressortir quelques cas, dont celui de La Rochelle (F4) le 25 janvier 1971 qui s'est accompagné de deux autres trombes à St Fort/Gironde (F2 ?) à environ 80 km de là et Aigonnay, extrême sud 79. Dans les journaux en ligne, j'ai retrouvé un autre cas le même jour et dans le même département que la tornade d'Ivoy le Pré (28 juillet 2005). Un témoignage indirect m'a fait état d'une autre tornade destructrice, à Mèze en Hérault, le même jour que la tornade de Nîmes (6 octobre 1961)... La liste n'est pas exhaustive. Souvent les témoignages qui me sont parvenus ou les articles de journaux ont ainsi fait apparaître au grand jour des "petites soeurs" de trombes déjà connues et recensées. Ce qui m'amène à penser qu'en France, les orages donnant plusieurs trombes sont probablement beaucoup plus fréquents qu'on pourrait le penser.
Un autre aspect à ne pas négliger : les cas de trombes au trajet très longs pourraient en réalité se révéler des cas en séries, lesquels se seraient en quelque sorte passé le relais. Ainsi je me suis fait récemment la réflexion pour le cas de la F3 de Varaize (17) dont on sait déjà qu'elle a parcouru une quarantaine de kms sur un trajet allant des Vals de Saintonge jusqu'au sud du 79. L'article de journal comporte la citation d'un témoin selon lequel la trombe aurait été au départ une trombe marine entrée dans les terres. Or dans ce cas, la trombe aurait parcouru non pas 40 km, mais plus d'une centaine de kms (!!) de la zone royannaise jusqu'au sud 79, ce qui est peu probable. Il peut donc s'agir d'une autre trombe survenue le même jour en région royannaise.
Enfin, on appelle outbreak les épisodes de 6 tornades et plus. En France à ma connaissance, les deux seuls épisodes anciens qu'on puisse qualifier ainsi au sens strict du terme sont celui du NPDC en 1967 (qui a également concerné la Belgique), et celui rapporté par Torro en 1669, qui aurait concerné une zone allant de La Rochelle à Paris. On soupçonne un autre outbreak ou gros épisode tornadique en juillet 1983 en Poitou Charentes et enfin, un quasi outbreak est survenu le 1er janvier 2007 avec 4 à 5 tornades simultanées dans le centre ouest (Bretagne, Vendée et Poitou-Charentes). _________________ Nico 17/69
Dernière édition par Nico 17/69 le Mar 11 Déc 2007, 09:47, édité 72 fois |
|  | | Nico 17/69 Multicell cluster storm

Inscrit le : 16 Juin 2005 Messages : 487
| Sujet: Re: Tornades en France Mer 25 Oct 2006, 15:13 | |
| VIII SELECTION DE CAS PARMI LES PLUS REPRESENTATIFS 20 évènements depuis 1669 jusqu'à aujourd'hui
Présentés par ordre chronologique, ces cas ont été choisis en fonction de 3 critères : - Cas connus et marquants, présentant éventuellement une particularité - Cas à l'inverse très peu connus voire totalement inconnus, tout en restant remarquables pour une raison ou une autre... - Cas très bien documentés (analyses de la situation, photos, témoignages, articles...)
- 1669 : outbreak signalé en septembre sur un secteur allant de La Rochelle à Paris Torro évoque cet oubreak survenu au XVIIème siècle qui semble avoir marqué les esprits. Les trombes les plus sûres auraient eu lieu à La Rochelle et à Paris. Entre les deux, on parle d'une éventuelle super-tornade qui aurait parcouru les 400 km qui séparent les deux villes. Mais la chose reste très peu crédible, l'évènement étant très ancien et s'étant déroulé la nuit... Plus vraisemblablement il s'agirait donc d'un outbreak où plusieurs tornades se seraient passé le relais durant la nuit sur cette zone. Source : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_tornadoes_and_tornado_outbreaks
- 1840 (7 novembre) : F3 à Varaize (17) Bien que recensée, cette trombe classée F3 est totalement inconnue du milieu météo. Elle compte pourtant parmi celles qui ont parcouru les trajets les plus longs en France (une quarantaine de kms depuis les Vals de Saintonge jusqu'au sud des Deux Sèvres). Ses dégâts ont été considérables, un hameau ayant même été presque entièrement détruit. Heureusement aucune victime humaine n'est à déplorer. Avec la F4 de La Rochelle en 1971 et la F3 du Castellet en 2000, ce cas figure également parmi les rares cas de très fortes tornades survenues en saison hivernale.
- 1845 (19 août) : F5 à Montville (76) L'une des deux F5 enregistrées en France, et la plus meurtrière connue. Ce jour-là l'orage éclate en début d'après-midi après une matinée lourde et chaude. Vers 1 h, une trombe se forme sur le cimetière de Malaunay. Elle va faire 70 morts et 300 blessés en pulvérisant littéralement les bâtiments de trois filatures. "Elle avait la forme d’un immense cône renversé, dont la base était appuyée sur le ciel et le sommet à une petite distance du sol. Elle roulait avec fracas, tournant sur elle-même avec une vitesse effrayante ; sa couleur était d’un gris jaunâtre" (extr du Journal de Rouen, éditions des 20 et 22 août 1845). Arbres "tordus, brisés et renversés en tous sens", multiples toitures endommagées...
- 1890 (19 août) : F4 à St Claude (39) C'est la tornade recensée ayant parcouru le plus long trajet : 58,5 kms. Sa largeur était également impressionnante : 1000 m. Survenu en début de soirée (vers 20 h) à St Claude dans le Jura, ce véritable monstre a prolongé son trajet jusqu'en Suisse et provoqué la mort de 6 personnes.
- 1896 (10 septembre) : F2 à Paris (75) Nous sommes le 10 septembre 1896 vers 15 h. Imaginez une forte F2 d’une centaine de mètres de diamètre se former près de la place St Sulpice (6ème arrondissement), traverser la capitale en passant par l’île de la cité et la place du Châtelet, la place de la République et l’hôpital St Louis... Tout juste si elle n'a pas remonté les Champs Elysées ! Les dégâts causés par cette trombe meurtrière (5 morts) en plein Paris sont très impressionnants, notamment dans la rue de Réaumur (renseignements Guillaume Séchet). D'après le recensement effectué par Jean Dessens,cette tornade s'est formée vers 1440 TU . Sa tra |
|
|
|