XIV CONCLUSION GENERALE
Conclusion et hypothèses, tornades et réchauffement climatique
J'ai bien évidemment du mal à imaginer une conclusion digne de ce nom à ces présentes recherches, qui ne sont en réalité que l'ébauche d'une véritable étude. Néanmoins on a vu apparaitre des constatations et suppositions surprenantes. Et à la lumière progressive de mes résultats, j'ai pu me permettre d'ébaucher des hypothèses notamment sur le plan de la répartition de fréquence (l'un des rares domaines où mon peu de connaissances scientifiques ne m'a pas entravé).
Déjà une notion apparaît certaine. Il y a bien plus de tornades en France et en Europe qu'on ne l'imagine, à tel point que dans une bonne moitié de la France, on ne peut plus désormais les considérer comme des phénomènes exceptionnels, mai sau contraire comme un phénomène régulier, voire relativement "familier" dans les régions les plus touchées.
Mais les chiffres et les cartes ne sont que des données transitoires destinées, comme je le disais déjà dans mon introduction, à être constamment rafraîchies et éventuellement corrigées. On ne peut donc les appréhender de manière précise, à la virgule près, comme on le fait habituellement pour des statistiques. Ici, je reste souvent dans la fourchette de probabilité.... avec des marges d'erreur que j'ai voulues les plus rétrécies possibles.
A ) ClimatologieConcernant la fréquence des évènements, en rapport avec ce qu'il ressort de mes résultats régionaux les plus récents, la vision que j'obtiens diffère un peu de celle communément admise, tout en restant proche.
Pour la première fois, j'ai tenté une carte qui ne photographie pas une réalité chiffrée, mais projette des estimations. Il s'agit simplement de concrétiser visuellement toutes les suppositions et réflexions, déductions... que j'ai pu me faire tout au long de mes recherches, basées sur toutes sortes de faisceaux d'indices.
A noter que cette carte aurait pu figurer en plusieurs versions avec des répartitions différentes. Je vous ai mis ici celle que je pense la plus probable, avec en gros la France divisée en 4 grandes zones :
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En bleu sur la carte : je suppose un socle de base sans freins ni leviers particuliers, "normalité" climatologique de la France (?) pour cette grosse portion Nord Ouest avec 1 cas tous les 2 à 5 ans environ. Certaines de ces régions sont déjà étudiées, d'autres ne le sont pas encore mais je les suppose à peu près au même régime. Jean Dessens avait bien sûr déjà identifié le couloir NW mais mes résultats m'autorisent à y inclure d'autres régions comme la Bretagne ou la Normandie.
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En vert sur la carte : une grosse moitié sud et Nord Est avec une rareté effective du phénomène, régions que je suppose protégées par des "freins" locaux, notamment le relief qui constitue un véritable bouclier (flagrant pour la Corse et les régions de haute montagne).
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En jaune sur la carte : quelques zones dont la fréquence semble avoisiner 1 cas tous les 1 à 2 ans. Toutes incluses dans la première zone en bleu excepté le littoral héraultais, elles peuvent correspondre à la présence d'un ou deux facteurs locaux favorisants, géographiques voire climatologiques (géologie...). Pour l'ensemble Vendée-Deux Sèvres-Vienne ainsi que la Gironde, la mise en jaune est lié à l'influence possible d'un facteur climatologique local.
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En orange sur la carte : deux zones précises touchées 1 à 2 fois par an en moyenne. Des études locales autorisent l'hypothèse d'un véritable faisceau de facteurs favorisants pour la zone charentaise et je remarque que le secteur lillois bien que très peuplé reste le plus plat de la Région. Peut-être une étude approfondie fera-t-elle ressortir d'autres régions de ce type ? (je pense en particulier à certaines zones bourguignonnes ou aux régions proches du NPDC, encore très mal connues)
Deux remarques enfin :
- Pour les zones en jaune et orange (celles de la carte et celles qui pourraient se révéler par la suite), je pense que le seuil de fréquence devrait amener davantage de prise en considération du phénomène dans les dispositifs de prévention, les contrats d'assurance, les normes de construction...
- On remarquera une évidence qui crève les yeux et m'interroge énormément. La partie la moins propice aux tornades correspond peu ou prou... au couloir d'orages français ! On peut toujours imaginer ce que ce serait si la partie sud de la France avait eu la même physionomie que le Nord Ouest.
Carte établie d'après le suivi des années les plus récentes, qu'on peut supposer quasiment exhaustives.

Si comme on a pu le constater tout au long de cette étude, j'ai pu aller relativement loin concernant le taux de fréquence et sa répartition dans l'Hexagone, en revanche en climatologie plus avancée je n'ai pu aller au-delà de quelques pas hésitants. Les références majeures dans le domaine restant l'étude de Jean Dessens et la classification de Franck Roux en tornades de cat A (supercellulaires) et B (non supercellulaires). Les dernières découvertes et observations ont récemment mis en avant ce dernier type de tornades ainsi que les tornades hivernales, en proportion respectable parmi les cas Français et probablement européens (20 % d'après JD).
Remarques sur l'intensité :
A noter que si la fréquence des tornades se révèle beaucoup plus élevée qu'on l'aurait cru, en revanche le taux modeste de très fortes tornades pourrait à la rigueur justifier partiellement le manque de prise en considération du phénomène...
On remarquera que plus les tornades sont rares, et plus la proportion de très grosses tornades sur le total devient importante. Facteur médiatique, ou indice laissant penser que le taux de grosses tornades serait sensiblement le même sur toute la France (à part peut-être les zones en jaune et orange), les freins n'agissant que sur les cas plus faibles ? Malheureusement, l'étude des très grosses tornades nécessitent une période de référence beaucoup plus longue que celle sur laquelle je peux m'appuyer.
Les trombes marines :
On les retrouve sur tous les littoraux et leur climatologie particulière (conditions d'apparition plus "banales") m'ont très vite obligé à les mettre à part. Si l'implication du taux d'ensoleillement est effectivement aussi déterminant que je peux le supposer, alors les régions méditerranéennes et dans une moindre mesure les littoraux atlantiques les plus ensoleillés doivent être les plus touchés par le phénomène.
Voilà. Sur le plan climatologique comme sur celui de la simple fréquence, je souhaite à présent que d'autres puissent prendre le relais pour commencer à vraiment approfondir. Je me permettrai juste de supposer qu'il faille effectuer cette étude non plus sur la France en tant qu'entité globale, mais aussi -et surtout- à l'échelle régionale.
B) Tornades et réchauffement climatiqueJe terminerai avec cette question cruciale qui reste toujours sous-jacente dès qu'on aborde les phénomènes météorologiques violents.
Observe-t-on comme on l'entend souvent dire, une augmentattion significative du nombre de phénomènes violents au fil des années, et notamment des tornades ? Autant le dire tout de suite : pour ma part je n'ai rien remarqué de tel dans mes recherches et je serais tenté de répondre "non" à la question pour au moins 3 raisons :
- Des périodes de densité exceptionnelle ont été observées à toutes les époques même anciennes (comme à Paris à la fin du XIXème siècle). Ces périodes seraient probablement reliées à des retours cycliques de flux prédominants.
- Il ne faut pas négliger l'augmentation énorme de la médiatisation des évènements depuis la fin des années 90. Médiatisation classique par la télé ou les journaux, mais aussi et surtout l'apparition du net à la même époque, bientôt suivie par celle des appareils photo numériques et des téléphones portables (ceux qui peuvent photographier). A ceci s'ajoute également le récent développement de l'activité de chasseur d'orage en France, toujours depuis la même époque à peu près. L'un conditionnant d'ailleurs l'autre, puisque grâce au net les chasseurs et passionnés se connaissent davantage, et peuvent échanger voire coopérer lors des chasses. Tout ceci a évidemment contribué à multiplier les témoignages notamment pour les tubas et trombes faiibles, et on ne peut donc pas (encore) imputer l'augmentation des rapports aux seuls facteurs climatiques.
- Dans les différentes régions de France, les années les plus récentes n'ont pas vu d'augmentation sensible du nombre de cas. 2006 et 2007 seraient même des années plutôt calmes. En cela, mon étude sur les Charentes est bien révélatrice elle aussi : si plusieurs années à 3 voire 4 tornades par an se sont succédées depuis la fin des années 90, elles alternent avec des années plus calmes comme 2006 ou 2001 qui n'auront vu qu'une simple F0 chacune...
Pour l'instant, il me paraît donc impossible de déterminer avec certitude si le nombre total de cas a une tendance générale à augmenter ou non.
Mais attention, ceci ne veut ps dire forcément qu'ils n'augmentent pas et n'augmenteront jamais. En fait quand je parlais plus haut de répondre "non" à la fameuse question, j'aurais mieux fait de dire "non, peut-être pas encore". Car cette augmentation pourrait s'effectuer de manière progressive, avec des pics et des accalmies qui peuvent tromper à l'échelle des années ou des décennies, mais qui ne tromperont plus à des échelles temporelles plus importantes. Peut-être petit à petit de nouveaux facteurs liés au réchauffement climatique viendront-ils s'ajouter aux premiers facteurs déjà cités pour faire définitivement fléchir la courbe vers le haut... Nous verrons bien dans le futur si la multiplication des cas récemment observés dans certaines régions (Morbihan/Ïle & Vilaine en 2004-2005, Rhône-Alpes en 2006....) tend à se prolonger voire à contaminer d'autres régions.
Simplement our l'instant, je pense que nous n'avons pas encore assez de recul temporel pour nous en apercevoir. Et puis surtout concernant les tornades, comment pourrions-nous déduire une quelconque augmentation des cas si nous n'avons pas d'abord une vision réaliste du phénomène en France, ce qui est loin d'être le cas ?
Ici nous touchons du doigt la problématique générale dans laquelle tente de s’inscrire Kéraunos et les travaux de Stormchaseradventure, dans une perspective dont je vais maintenant vous parler, qui pourrait bien se révéler inquiétante à plus d'un titre. Je m'explique : ce n’est pas un scoop que de dire que les problématiques liées au RC sont au centre de toutes les préoccupations et de tous les échanges entre organismes météorologiques. Météofrance a participé au récent Forum International de la Météo où on a débattu de questions autour du réchauffement et de ses conséquences.
Or j’ai remarqué à ce genre de rencontres ou de colloques l’absence criante des organismes recenseurs d’évènements violents. Pourquoi donc une telle absence ? Il semble vraiment que se soient créés deux circuits d’échanges et de recherches, l’un réunissant les organismes de météo générale (dont MF) et les différentes structures de veille sur le RC y compris politiques et institutionnelles, et l’autre beaucoup plus confidentiel qui tend à se créer à l’échelle européenne portant sur le recensement des évènements orageux violents et l’étude des orages, dont les représentants en France sont ou ont été Jean Dessens, l’Anelfa et maintenant Kéraunos. Le problème c'est que les deux circuits sont malheureusement complètement hermétiques l’un à l’autre, état de fait illogique et potentiellement dramatique quand on nous rebat les oreilles de la supposée augmentation des phénomènes climatiques dangereux induits par le RC.
Comme je le disais déjà plus haut, comment peut-on observer et déduire ces derniers dans notre beau pays alors qu’on n’a pratiquement aucun précédent de recherche sérieuse dans le domaine ? Il serait vraiment urgentissime de créer des passerelles entre ces deux circuits de recherche, avec une participation active des organismes de recensement aux différentes rencontres et actions autour du RC. Urgentissime car si le RC évolue à la vitesse prédite par les modèles du GIEC, ses conséquences risquent elles aussi d’évoluer à la même vitesse. Nous sommes confrontés à une véritable course contre la montre pour tenter de faire un état des lieux de l’existant aussi complet et fiable que possible, avant que la donne ne commence réellement à changer. Sans ce travail préalable, il nous sera en effet impossible de constater l’augmentation réelle des tornades en France sans nous retrouver empêtrés aussitôt dans cette toile d’interrogations et de contradictions en rapport avec le passé, les méthodes d’investigations passées etc. Et si cette augmentation devient réelle, je crains qu’elle ne se fasse non seulement sur la fréquence mais aussi sur l’intensité et la nature des évènements, ce qui pourrait rendre rapidement la situation préoccupante. Bien sûr avec tout ceci je ne fais que supposer, n’ayant pas les moyens de trancher véritablement sur la question. Mais je pense pouvoir affirmer qu’il en est de même pour tous les scientifiques qui se penchent sur le RC, le caractère aléatoire des prévisions n'étant pas la moindre des difficultés rencontrées par les spécialistes. Je parle donc ici au nom du principe de précaution, et lance un appel inquiet à tous les représentants des organismes officiels (et notamment de MF) qui pourraient lire ces lignes.
D'autre part il y a un autre problème que je sens venir gros comme un hangar à boeing, en lien direct avec la sous-information du public, ce déni et l'emploi du mot "minitornade" qui ont pour effet de maintenir la population dans l'ignorance du phénomène tel qu'on le rencontre aujourd'hui. A votre avis comment réagissent à présent les gens quand ils se trouvent confrontés brutalement au phénomène ? Réponse immédiate : "C'est du au réchauffement climatique !" Idée reçue amplifiée par les médias et tous les adeptes du catastrophisme non réfléchi, à tel point que je me demande si un jour cette tendance à la sous-information sur les tornades en France ne va pas brutalement s'inverser, les tornades risquant un jour de se retrouver hypermédiatisées à la seule fin de "prouver" l'augmentation des phénomènes due au RC... sans bien sûr que l'on n'aie la moindre notion de ce qu'a été cette réalité durant des siècles. En l'absence de toute argumentation nuancée, une telle médiatisation risquerait de provoquer une panique injustifiée, et pire, brouillerait encore davantage les pistes si un jour cette augmentation avait réellement lieu.Deux remarques enfin pour terminer, avant de laisser cet inquiétant débat en suspens :
- L'été 2006 lors de notre rencontre SCA, Jean Dessens nous faisait part de son constat concernant les orages qu'il a l'occasion d'observer dans le Toulousain : il aurait observé depuis quelques années une modification de leur nature et de leur intensité, sans touefois faire de lien de causalité avec le réchauffement climatique.
- Les années cycloniques 2004 et 2005 ont été très intenses. Or ces deux mêmes années ont été également très "fournies" en tornades sur la France. Simple hasard, ou existerait-il un lien entre les deux faits sur le plan climatologique mondial ?